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Les Chroniques d’ Arsene: ON VA FAIRE COMMENT ?

ON VA FAIRE COMMENT ?

Terme péjoratif, mais dont l’usage commun à apporter une connotation méliorative. Tous nous l’avons déjà entendu de la bouche d’un proche, d’une connaissance, d’un inconnu ou même nous l’avons déjà sorti de notre bouche, consciemment ou non. L’expression « on va faire comment ? » fait partie des mots les plus couramment utilisés du Cameroun.

Partant d’un constat et d’une observation très poussée, l’expression  « on va faire comment ? » exprime tout simplement une résignation de la part de la personne qui la prononce, question de décliner sa responsabilité ou de fermer les yeux face à un mal être. L’opinion publique a hissé ce mot au rang d’excellence alors qu’il n’en est rien. Pour déceler toutes ces micmacs, nous avons approché l’anthropologue Patricia Fikak de Malle, qui pose donc une analyse théorique de la situation et nous éclaire de son expertise sur le sujet.

L’ORIGINE

Chaque peuple se définit par sa langue. Le Cameroun ayant donc plusieurs ethnies, a développé un autre symbole d’unité autre que l’étoile dorée sur la bande rouge : la langue. Non officielle mais très parlé, le CamFranGlais se présente donc comme l’argot made in Cameroun. Difficile de savoir d’où il est parti, mais très facile de se rendre compte qu’il a toujours été présent dans notre langage, et qu’il est sans cesse en pleine évolution. Pour démêler le vrai du faux, nous donnons donc la parole à notre spécialiste :

« L’anthropologie en tant que discipline empirique, établit des constats sur la base de données recueillies à l’issu des entretiens de terrain et par la suite elle élabore une analyse et interprétation. Par contre, partant d’une analyse théorique, nous dirons que l’expression en question est commune aux populations camerounaises. Elle était tout d’abord utilisée de manière assez courante chez les jeunes en milieu urbain ; avec le temps, elle s’est rapidement propagée même en dehors, trouvant également un écho favorable chez les personnes âgées. »

Phénomène de subculture ou de sous culture, elle permet une revendication des valeurs ou une différenciation au niveau de la personne ; mais l’accent est mis sur la signification ou sur la traduction de cette expression, dont l’usage tend à polluer la suite des actions.

L’IMPACT DE CETTE RESIGNATION

Le vocable mis en examen ici décrit un certain laxisme de la part de la personne qui le prononce. Il voudrait tout simplement dire : « je baisse les bras, je laisse faire, je refuse d’essayer, cette situation est au-delà de mes forces, je ne veux pas me battre ». Ce qui fâche dans son usage, c’est l’ignorance de son impact ravageur. C’est ce que nous explique Madame l’anthropologue :

«  Tout dépendra dès lors de la perspective de chacun : certains vont par cette seule phrase se sentir à l’abri, car un proverbe courant dit « un chien galeux vaut mieux qu’un lion mort » et donc « on va faire comment ? ». D’autres se contenteront de suivre benoîtement le courant et de marcher au rythme du reste pour ne pas être vus comme les brebis galeuses du lot, quitte à supporter les pires injustices ou à stagner. Mais il faut bien garder en mémoire, que cela fini malheureusement par nous rattraper et à avoir des conséquences négatives sur nos vies, tôt ou tard. »

Le réveil est généralement brutal. Il faudrait donc sortir de cette prison dorée et affronter la réalité en prenant ses responsabilités.

LES SOLUTIONS

Il ne peut avoir un côté positif dans une résignation, mais le moyen d’en sortir dépend essentiellement de notre personne et de notre volonté, en comprenant les réels enjeux de la situation. Le terme « on va faire comment ? » pourrait donc être utilisé comme un simple vent qui souffle aux oreilles. Par contre, il ne faudrait pas qu’il devienne un diktat dans notre vie. De l’avis de notre experte :

« Lorsqu’on se base sur la théorie de l’interactionnisme symbolique avec un auteur comme Goffman, on comprend que chaque acteur social dans son quotidien forge son identité, négocie, communique et construit le sens des situations qu’il traverse et auxquelles il fait face. Par conséquent, le pourvoir d’agir est donné à chacun de faire usage de cette phrase au sens premier, c’est-à-dire celui de trouver voies et moyens pour s’en sortir et se démarquer. Etre prêt même à affronter le pire pour ne pas sombrer dans la fatalité que la vie propose aux populations. »

Nous sommes responsables des décisions que nous prenons. Nous ne pouvons donc pas prospérer dans un effet de masse ou tout simplement vivre avec la peur au ventre. On va faire comment ?                                                          

 

 Arsene Eloga

 

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